Comme chacun ne le sait peut-être pas, Sleepy Hollow, est l’adaptation (très libre) d’un conte américain de Washington Irving, et un film très très *très* aimé de moi! Et puisque les différences entre le conte et le film sont plutôt intéressantes, permettez moi de revenir un peu dessus:
L’histoire de Washington Irving se déroule à la fin du 18ème siècle dans l’implantation hollandaise de Tarryton, dans une région surnommée le Val Dormant (Sleepy Hollow). Son malheureux héros est Ichabod Crane, un instituteur originaire du Connecticut. Personnage fantasque, romantique et propice à s’abreuver de légendes, Ichabod n’est pas franchement beau. Grand dégingandé toujours vêtu de noir, il est en plus orgueilleux. Et le voilà qui tombe amoureux de la jeune Katrina Van Tassel, la fille d’un riche fermier. Il a pour rival sérieux Brom Van Brunt, plutôt bien fait de sa personne, farouche et craint. L’un comme l’autre tenteront de séduire la belle selon des approches fort différentes : Ichabod par ses histoires et ses chants, Brom en ridiculisant son adversaire. A l’issue d’une soirée organisée chez les Van Tassel, Ichabod se décide à déclarer sa flamme à Katrina qui l’éconduit si bien qu’il en repart totalement désabusé. C’est dans cet état qu’il traverse les bois et rencontre le Cavalier sans tête, légende locale, fantôme d’un soldat hessien décapité au combat par un boulet de canon. Le corps d’Ichabod ne sera jamais retrouvé, et Katrina finira par épouser Brom. Quelqu’un dira qu’à l’issue de sa terrifiante rencontre, l’instituteur aurait fuit la ville (et la honte) pour devenir homme de lois à New York…



Avec Tim Burton, les changements et les apports sont lourds. Si Ichabod reste un fier-à-bras ridicule et romantique, il est interprété par un acteur séduisant et devient un personnage plus austère et incrédule dont Katrina s’éprend au premier coup d’œil. Le rival amoureux ne fait pas long feu, et Ichabod repart avec la fille et sa fierté encore entière. Il importe plus au réalisateur de composer autour de la légende de Sleepy Hollow, délaissée par Washington Irving, que sur le sujet d’un triangle amoureux. Et grand bien lui fasse ! Un suspens haletant est monté, quelques têtes sont fauchées, et un inspecteur courageux mais pas téméraire débarqué de New York mène l’enquête. L’évolution intime du héros dans le film est présentée à contresens du conte. Chez Irving, nous avons l’histoire d’un homme dont le cœur est si bien brisé qu’il perd foi dans l’imaginaire pour se réfugier dans la raison (symbolisée par la loi). Chez Burton le cheminement est inverse : un homme sans foi arrive à Sleepy Hollow et en repart plus ouvert au merveilleux et à l’amour.
Visuellement, c’est une pure merveille. Servi par une galerie d’acteurs flamboyants dotés de véritables « gueules » et d’un talent indiscutable, le film penche du côté du cinéma fantastique muet, avec une bande-son « cuirassée » et des décors gothiques à souhait. Des costumes impeccables complètent cette réussite cinématographique.



Les costumes
Les costumes ont été conçu par Colleen Atwood. Dans le film, les personnages sont à l’aube du nouveau siècle, en 1799, mais les vêtements se réfèrent davantage aux années 1780…
Ichabod

Dans la nouvelle de Washington Irving, Ichabod est décrit comme n’ayant qu’un seul et unique habit, d’un noir luisant. Il passe une heure à sa toilette et s’étudie longuement dans le miroir. C’est aussi le cas dans le film. Depp/Crane se montre du début à la fin dans un costume noir et sa mise est toujours parfaite, lui donnant une allure précieuse, bien que sobre.
Contrairement aux habitants masculins de Sleepy Hollow, il affiche un style moderne et citadin, aux lignes épurées. Le père Van Tassel, par exemple, s’habille richement selon la mode des années 1730-40 (que l’on retrouve chez les dandys anglais dans les années 70) . Les jeunes hommes comme Van Brunt portent la redingote, (apparue dans les années 60 et remplacée ensuite par la veste).
Le costume d’Ichabod est composé de 4 pièces distinctes: la chemise à larges manches bouffantes, un pantalon noir, un gilet noir, et une veste droite qui lui arrive aux genoux. Noire elle aussi. Il porte en plus un manteau long, aux lignes et au col identiques à la veste, le foulard et des bottes de cavalier. Seule petite excentricité : un liséré argenté (une cordelette ou un fin passe-poil?) sur les bords des pièces noires (veste, manteau, gilet) qui souligne la simplicité des formes, et il me semble avoir aperçue une doublure intégralement argentée pour la veste. Sur certains plans et certains clichés, ce liséré semble être en cuir noir sur lequel la lumière se reflète. Difficile de statuer, il y a surement eu plusieurs costumes ! On peut au moins en remarquer deux (en dehors de son habit d’officier), même si très similaires : celui de ses aventures à Sleepy Hollow et celui de son retour à New York, à la fin, qui semble plus riche (de velours côtelé pour le manteau, de satin travaillé pour le gilet…).
C’est un vêtement très class’ aux coupes simples et incisives. La forme du col et le foulard « calent » la tête, et donnent à la silhouette l’aspect d’un i bien droit. Ce qui sied bien au personnage.
Ichabod
Katrina

Katrina van Tassel est décrite par Irving comme aimant soigner particulièrement sa mise:
« Elle était un peu coquette, ce qu’il était facile de voir à son art d’associer les modes anciennes et les modes modernes de la manière la plus favorable à son élégante petite personne. Elle se paraît des bijoux d’or pur que sa grand’mère avait apportés de Saardam, de l’éblouissante pièce d’estomac du vieux temps, et d’un jupon court qui laissait voir les pieds les plus mignons qu’il fût possible de rencontrer à dix lieues à la ronde. »
Mais dans le film, les « éblouissantes pièces d’estomac » n’apparaissent pas. Privilège est donné à des corsages baleinés, portés sur des corsets, octroyant au haut du corps la forme conique en vigueur. Les jupes sont passées sur des jupons et probablement un « faux cul », mettant les hanches en valeur mais point trop.
On remarque qu’un halo de douceur entoure le personnage : cheveux blonds lumineux, teint de porcelaine etc. Les teintes des robes vont aussi dans ce sens : des bleus-gris, des jaunes pâles, des roses pêche. Et un sublime manteau façon « neige argentée ». Katrina est la sorcière blanche, le visage de la vertu qui dissimule un caractère passionné.
A son arrivée au manoir, Ichabod la découvre dans une robe satinée de couleur pêche au décolleté dissimulé (à peine) sous un nuage de voile. Pas ma préférée mais de somptueuses photos promotionnelles ont été faites avec.
Peach gown
Celle que je préfère est celle qu’elle porte pour aller à la maison de l’archer, et pour sa balade à cheval avec Ichabod. C’est une robe dite « à la polonaise » (une veste longue retroussée sur l’arrière pour former une « queue » et épinglée sur le corsage) en soie gris métallisé avec un col et des détails de manche rouge bourgogne, ainsi que des boutons nacré. Les manches ici sont longues – la polonaise a plutôt des demi-manches froufrouteuses comme la « Peach gown » ou la « Yellow dress ». La veste est attachée à un corsage bleu iridescent coordonné avec la jupe. Il y a aussi des détails de dentelle écrue sur le décolleté et aux poignets. Autre détail : les deux rangées de crochets sur le devant du corset. Je ne vois pas à quoi ils peuvent servir, j’imagine que c’est pour le style.
Archer dress
L’autre costume que j’aime beaucoup est celui du final près du moulin. Il se compose d’une jupe en taffetas de soie gris-bleu sur laquelle est cousue une applique en organza brodé, et d’un corsage en velours côtelé dans les même tons. Le corsage imite la présence d’une veste qui serait attachée à un corset/une pièce d’estomac, alors qu’il semble plutôt d’une seule pièce, et se ferme sur le devant avec des agrafes. Il fait ce que l’on appelle un peplum dans le dos, une sorte de petite queue faite de plis, et est bordé de dentelle sur le décolleté (il semble d’ailleurs y avoir une chemise en dessous). Cette jolie robe est portée avec de somptueuses bottines bleues !
Blue windmill dress
Et il y a, bien sûr, LE manteau à capuchon. En soie bleue très pâle brodée de roses rouges et entièrement recouvert de fourrure bleu glacier, presque blanche. Une tuerie. Il est porté sur une robe jaune non moins jolie. En fait cette robe est plutôt un assemblage de doré, de pêche, de vert, et de rose, avec un corsage baleiné très travaillé, aux manches à la polonaise, et à l’encolure en dentelle de folie ! Le tout est porté par Katrina dans les bois lorsque Ichabod et le jeune Masbath trouvent l’arbre des morts.
Ice cloak & yellow dress
La robe de la fin, l’arrivée à New York, se démarque des autres avec ses rayures noires très graphiques qu’affectionnent particulièrement Burton et sa costumière, et qui lui donnent un côté moderne et citadin. On retrouve le style polonaise dans le dos, une jupe et une pièce d’estomac coordonnées.
B&W striped dress
Côté bijoux, les parures sont discrètes mais adorables, reprenant principalement les motifs de l’étoile et de la lune (allusion à ses activités magiques?) sous forme de pendentif tenu par simples rubans de soie ou d’organdi, de bracelets larges à rangs de perles.
Il y a aussi de splendides costumes sur les personnages secondaires, même sur les figurants qu’on aperçoit juste en arrière plan. Ayez l’œil aiguisé lors de la scène finale à New York, il y a des passantes avec de superbe robes!
Le film :
Les costumes :

Réalisé par Tim Burton
D’après le conte de Washington Irving
Avec Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson, Michael Gambon, Casper Van Dien…
1999
Screencaps issues de www.timburtoncollective.com
Images promotionnelles : johnny-depp.org, costumersguide.com

7 Commentaires
Très joli billet que voila ^^.
C’est vraiment intéressant, au delà de l’analyse du film et des divergences scénaristiques (voire contre-pied total sur l’évolution psychologique d’Ichabod) que Burton a mis en œuvre dans son film, de pouvoir déguster une étude des costumes parsemant cette « réussite cinématographique », pour te citer ^^.
J’attends les prochains billets avec impatience! Encore!!!
ps: un jour, j’aurai le même manteau que Crane!
Je plussoie Xavier! Non seulement l’analyse du film et des différences récit/scénario est intéressante, mais l’analyse des costumes permet une approche du film sous un angle tout à fait nouveau et passionnant!
Blanche-Neige pour la suite? J’attends avec impatience!!!
(et je te repiquerai bien l’idée d’un DVD d’adaptation de conte par soir avant les fêtes! ^^)
@Xavier: Et moi un jour je me ferais le manteau de Katrina!! (quand j’aurais gagné au loto
) Même que peut-être quand je serais plus douée, je te ferais celui d’Ichabod! Perd pas espoir (ptdr)
@Magali : Mais vas y, pique, pique. Je te conseille un mug de chocolat chaud fumant pour accompagner le tout et conduire au dodo^^
je sais maintenant quel film je vais écouter ce soir.
Magnifique description des costumes ! Et magnifique blog aussi, je reviendrai
Reviens quand tu veux Bloui, tu es la bienvenue!
Merci pour ton ptit mot^^
oui magnifique site, on reviendra!!
Bonjour,
je recherche des informations sur le costume que porte Mr Depp: Coupe, tissu… Si vous disposer également d’informations sur les endroits ou l’on peu se procurer des vêtements ou des endroits vers lequels se diriger.
Merci d’avance.
2 Trackbacks
[...] réveillon à tous! Faites vous beaux! Si vous avez aimé ce billet vous aimerez celui-ci : La semaine du conte // “Sleepy Hollow” Laissez un commentaire [...]
[...] avec l’applique en organza sur le devant (voir robe “moulin” dans le billet : La semaine du conte // “Sleepy Hollow” ). Voici le [...]