[Série créative] Le gel créatif, mes méthodes pour y remédier.

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En tant qu’entrepreneuse créatrice, j’ai réalisé qu’il y a une zone d’ombre dans mon métier, peu comprise par la plupart des gens. Une composante que j’avais moi-même du mal à intégrer sereinement : entretenir sa créativité fait partie du boulot.
On a cette vision romanesque de l’artiste qui vibre avec son art au cœur de sa bulle, et qui s’autoalimente perpétuellement. De cet artiste qui EST son art, et inversement, et qui donc tant qu’il est en vie est capable de produire. Et puisque la plupart d’entre nous sommes arrivés là où nous sommes par le biais de la passion cela devrait nous être facile. Sauf que la panne d’inspiration et le gel créatif arrivent à tous. Notre cerveau dispose d’une grande panoplie d’outils pour nous empêcher d’avancer, et, quand bien même serait-il plein de belles idées il arrive parfois que celles-ci ne se concrétisent pas. Quand on doit produire pour vivre, parce que c’est notre gagne-pain, l’épuisement et la saturation viennent fatalement nous faire coucou, à un moment donné. Il s’agit alors de prendre du temps pour restaurer la source de sa propre créativité, et ça, mesdames et messieurs, fait partie de notre travail.
Mais voilà, lorsque l’on est auto-entrepreneur, il est déjà si difficile de se sentir légitime dans ce que l’on fait (à moins d’être affublé d’une confiance en soi proprement extraterrestre) qu’interrompre sa production pour ressourcer sa créativité peut s’accompagner d’un fort sentiment de culpabilité.
Ah, la terrible sentence du regard des autres…
Alors que les années m’ont apporté ce sentiment de légitimité qui me faisait défaut à mes débuts, je découvre l’inconfort de devoir soigner ma créativité en pleine conscience que cela fait aussi partie de mon travail. Et de me justifier encore aujourd’hui auprès de mon compagnon alors que lui a bien compris la nécessité de la chose. Et de m’excuser auprès de vous que les nouveautés n’arrivent pas assez vite alors que vous n’êtes qu’amour et encouragements (j’en ai de la chance).
En fait… la pire sentence c’est la nôtre.

Cela fait plusieurs mois que j’ai en tête cet article, ainsi que d’autres sur le même thème, pour le blog. Je vous en ai parlé en novembre dernier et pensais que ça arriverait plus tôt, mais c’est alors que les premiers perce-neige pointent leur museau dans mon jardin que la chose se concrétise enfin. Voici le premier de ma série d’articles sur la créativité.
Je parlerais de plusieurs aspect dans ces articles, qu’ils soient positifs ou négatifs – de bon ton ou mal vu d’en parler d’ailleurs – mais je ferais en sorte qu’il y ait toujours quelque chose à en tirer pour booster votre créativité, qu’elle soit de l’ordre du professionnel ou du loisir. J’espère que vous aurez plaisir à m’accompagner dans cette promenade, entre partage de trucs et astuces, et réflexions plus poussées sur ce domaine qui est aussi nécessaire à mon bien être que respirer.

Vous l’aurez compris à l’introduction, on commence par quelque chose que je vis de manière cyclique dans ma créativité professionnelle : le blocage. Si je me targue de ne jamais manquer d’inspiration, je ne peux pas dire que j’échappe à ce fichu phénomène de la paralysie créative. Si vous me suivez depuis au moins deux ans, vous avez compris comme moi que ces blocages arrivent quasiment toujours après un festival important pour lequel j’ai du produire intensément sans vraiment me poser de question, ni prendre le temps de faire autre chose. Pour moi, c’est donc la saturation qui agit comme barrage principal, une à deux fois par an.
Il est probable que mon sens aigüe de l’organisation (mais bien sûr, ah ah) soit à blâmer, mais quoi qu’il en soit, j’ai développé avec le temps quelques réflexes plutôt efficaces pour stimuler ma créativité, et je me propose de les partager avec vous aujourd’hui (vous noterez qu’ils sont aussi utiles en cas de baisse de moral!).
Sachez cependant qu’en aucun cas ils ne consistent à persister dans la voie bloquée. Ici on arrête tout, on coupe le moteur, et on se prend au moins une journée loin de la source de frustration créative. C’est un prérequis à l’efficacité de ce qui suit…

1- La méthode des 5 sens.

Je ne sais pas s’il existe officiellement une telle chose, mais c’est le nom que j’ai donné à ce que j’ai toujours fait plus ou moins consciemment pour me sentir mieux. C’est tout simple : il s’agit de faire une chose qui fait plaisir à chacun de vos sens. Je suis sûre que vous le faites déjà sans vous en rendre compte, alors pourquoi ne pas en faire un rituel conscient ?
Je commence en général par la vue, et cela se traduit toujours pour moi en session de ménage. Plus ou moins grosse, cela dépend. La plupart du temps faire le canapé (taper les assises, remettre les coussins décoratifs en place, et plier le plaid), débarrasser la table, et passer un coup de balais suffit. Mais il arrive aussi que je traque le bazar de façon plus poussée. Je peux aussi décider de refaire la déco d’une zone de ma maison, ou d’aller chercher des fleurs fraîches. (Choisir le rangement comme option pour la vue a aussi l’avantage de fournir le sentiment d’avoir fait quelque chose d’utile à ceux qui se dépatouillent avec le sentiment de culpabilité). Ensuite j’allume une ou deux bougies, ou une guirlande féerique.
Ensuite vient l’odorat. Là, c’est assez simple : je mets un encens ou allume une bougie parfumée. Pour moi ce sont toujours des odeurs très terrestres, boisées… Ma préférée ? Le patchouli. J’aime aussi l’oliban, la cannelle…
L’ouïe est aussi facile : je lance une de mes musiques refuge, un petit cocon auditif entrainant ou apaisant. Ça va de la musique zen avec supplément de cuicui et de pluie forestière à la musique folk de pub irlandais, en passant par les douces ambiances d’Adrian von Ziegler.
Pour le goût, je me prépare un petit plat que j’adore et j’essaye de rester sur quelque chose de sain et frais si je peux (ça peut être aussi simple qu’un smoothie ou, à l’opposé, me lancer dans une recette de pâtisserie). Je pense que beaucoup d’entre vous choisiront l’option « thé et gâteaux » pour ce sens-là mais, je vais choquer du monde, je n’aime pas le thé chaud… Du tout !
Enfin, le toucher peut sembler moins évident. En fait, c’est aussi simple que d’enfiler un vêtement doux et confortable, ou de se lover dans des coussins moelleux. Cela peut également être de faire un câlin à votre animal de compagnie.

En faisant tout ça, vous programmez votre cerveau à penser à des choses agréables et vous effectuez cinq actions différentes qui vous mettent en mouvement.

2- Je sors prendre l’air.

Qu’il s’agisse de prendre le soleil ou de fleureter avec le froid piquant d’un matin de neige, il est important de s’oxygéner le cerveau. Et je parle d’une bonne promenade d’une heure, d’une vraie coupure à l’extérieur. Déjà pour l’exercice physique, et ensuite pour déclencher votre curiosité. Pour moi, regarder les arbres et écouter les oiseaux est une des choses qui me stimule le plus. Pour vous cela peut-être qu’observer les gens vous inspire. Ou vous rendre dans votre boutique préférée.
Ensuite, je ne saurais que conseiller la forêt. Quand je sors de là c’est comme si le problème de départ n’avait jamais existé.

3- Je créée autre chose

Cette astuce est connue mais tellement efficace. Quand je n’arrive plus à me motiver pour la création de bijoux, travailler sur un projet dans un tout autre medium est comme un second souffle. Donnez-vous l’autorisation d’écrire ce chapitre de votre roman ; peignez même si vous trouvez que ce que vous peignez est moche ; faites ce joli collage pour lequel vous avez mis de côté toutes ces feuilles et fleurs séchées. Vous pouvez même essayer quelque chose que vous n’avez jamais osé faire. Employez vos mains à autre chose, et vous découvrirez que l’envie de créer revient décuplée.

4- J’écoute mes muses

Enfin, si tout cela ne fonctionne pas, ou en plus de tout cela, j’ai quelques muses créatives qui ont toujours les bons mots pour me rebooster. J’aurai tendance à vous dire de vous tenir éloigné des réseaux sociaux ou d’internet quand vous faites un blocage créatif (parce que franchement la nuisance qui y plane ne vous sera d’aucun secours), mais je fais une exception pour aller écouter ou lire mes muses. Ce sont des personnes dont la démarche et le discours allume presque toujours des chandelles dans ma tête. Mais j’ai prévu un article pour vous parler de mes muses créatives favorites alors je n’en dis pas plus ici.

J’espère que cet article vous aura été utile. Dites-moi si vous avez les mêmes astuces antiblocages que moi, et si vous en avez d’autres n’hésitez pas à les partagez ! Je suis aussi curieuse d’entendre l’opinion de mes consœurs et confrères créateurs professionnels. Vous est-il arrivé à vous aussi de vous sentir coupable de ne pas produire assez ? Cette notion d’entretien de la créativité et de l’inspiration comme faisant partie de notre travail est assez libératrice quand on y pense. Encore faut-il parvenir à l’intégrer dans une société qui a une vision bien précise de ce que doit être le travail…

On se retrouve bientôt pour le prochain article de la série. Portez-vous bien, et bonnes créations !

Photographies (c) Lorliaswood (en direct de mes récentes ballades ;) )

6 Responses

  1. Clémence

    Aaahhhh tu mets bien les choses à plat et arrive à analyser ça de manière clair ! Je ne sais pas si j’ai jamais vraiment eu de blocage, vu que j’alterne beaucoup de supports, et comme tu le dis, cela permet de revenir avec encore plus d’inspiration sur les médiums que tu avais laissé de côté. Après j’aime bien me replonger dans mes livres, quand je les oublie trop longtemps je me sens moins créatives… J’ai besoin d’être entourée de merveilleux je crois

    • Anne

      Oui c’est vrai que j’aime bien aussi feuilleter certains art books inventifs pour retrouver la magie créative :)

  2. Marie

    Super ce billet, je suis déjà impatiente de lire la suite !

    Je te rejoins énormément sur le fait de sortir prendre l’air. Je ne connais rien de plus efficace que d’éteindre son ordi et d’aller s’aérer.

    Pour ma part, depuis quelques années je remplis mon réservoir à inspiration dans les musées. J’ai toujours visité pas mal de musées et vu d’expos, mais ce n’est que récemment que cela est devenu une impérieuse nécessité. Quel que soit le style de musée d’ailleurs : art classique, art contemporain, art brut ; ou bien sciences naturelles, archéo… Tout m’intéresse ! (Bon ok sauf les trucs militaires.)

    Je rejoins Clémence sur le rôle des livres. Parfois en relisant ceux qui ont déclenché une pulsion créative en nous, on retrouve ce « mojo », comme un lien invisible qui nous guide en temps de disette.

    Enfin, le truc qui m’aide à écrire régulièrement sur La Lune Mauve, et que d’aucuns jugent horrible, c’est mon planning de publication. Même quand je me sens moins inspirée, ce planning me sert à m’accrocher, à avoir une vue d’ensemble. C’est très motivant pour moi ! Avant ça, je pouvais passer des semaines voire des mois sans rien écrire… et j’en souffrais beaucoup.

    Merci pour tes conseils et ces cogitations ! J’aime beaucoup ton conseil de changer de médium :)

    • Anne

      Merci Marie :)
      Quand j’étudiais / travaillais sur Paris, les musées et bibliothèques étaient comme mes terriers. J’y allais presque plus souvent qu’en cours lol J’en reparlerais d’ailleurs dans un prochain billet^^ Mais maintenant que je vis à la campagne, c’est plus compliqué… ça me manque parfois!

      Je suis complètement d’accord avec toi sur l’organisation/ planning. J’ai jamais été douée pour ça mais je pense que je n’avais juste pas trouvé la bonne façon qui marche pour moi. Pour le boulo, je ne m’en sert pas trop ; j’ai juste besoin d’avoir une vue sur l’année des collections, events, et échéances mais ça c’est plus de la gestion.
      En revanche, pour l’écriture, je trouve que c’est en effet efficace! Pour le blog, j’ai fait un planning pour cette série justement. J’ai les titres de chaque article, des résumés et mots clés : je sais exactement où je vais, alors que la plupart du temps je me laisse porter par l’envie ou le besoin et ça se traduit en rythme de parution très aléatoire. Et pour le roman : je n’ai jamais autant avancé que depuis que j’ai découvert la méthode du flocon. Après avoir passé plus de 10 à jeter des notes sur mille carnets lol Si j’avais le temps, ne faisais que ça, je n’aurais probablement pas besoin de planning ou de système, mais là que je gère une entreprise et ai trèès peu de temps pour écrire, cette méthode m’a permise d’écrire un peu régulièrement pour avancer dans mon histoire et mieux créer et comprendre son monde. Sans ça, je n’aurais juste rien fait.

      Bises!

  3. Lullaby

    Très beau billet que j’avais raté (je ne comprends pas trop pourquoi… un aléa dans ma messagerie ?).
    Je plussoie ta méthode ! De mon côté en cas de panne sèche, je me tourne, comme Clémence, vers mes livres (ou vers des séries). Je me vide la tête avec mon tricot. Pour l’aération, vivant en ville, c’est un peu compliqué de trouver un bout de forêt mais la verdure me manque tellement qu’on s’est promis, avec mon chéri, d’aller se promener dans le bois du coin dès qu’on peut, même si ça n’est qu’un maigre succédané à un vrai bois. Tout comme Marie, la visite de musées ou d’expositions est aussi une bonne bouffée d’air frais.
    En fait, autant je sais comment refaire le plein de créativité, autant je ne sais toujours pas taire cette fichue culpabilité qui me poursuis toujours. Quand j’écris, je culpabilise parce que cela me fait passer des heures en solitaire sur mon ordi. Quand je n’écris pas, je culpabilise parce que mes projets n’avancent pas… je cherche encore comment me débarrasser de ce sentiment insidieux et, il faut bien le dire, empoisonnant.

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